Santé pathologie: Journal du Pharmacien

Serrer et grincer inconsciemment des dents peut mener à une usure conséquente de la dentition. Et le stress est un facteur favorisant l’apparition de cette a¬ ection de plus en plus courante appelée bruxisme.

Le crissement d’une craie sur un tableau, le raclement d’une fourchette sur une assiette : voilà le genre de bruit qui a le don de provoquer une sensation physique très désagréable. Et lorsqu’il provient de son voisin ou de sa voisine d’oreiller, il peut aussi étonner, voire inquiéter. Que fait donc mon coturne ? Il bruxe ! Autrement dit, il grince des dents. Inconsciente dans la moitié des cas, cette manie, qui se manifeste par périodes d’environ vingt minutes, « serait l’expression d’une tension, d’un stress », indique Philippe Monsenego, docteur en chirurgie dentaire et praticien au sein du service d’odontologie de Garancière. « Serait », car les causes du bruxisme ne sont pas encore bien élucidées. « C’est un phénomène qui a pour origine le système nerveux central et non un réflexe naturel pour mettre les dents au même niveau comme on a pu le penser. » Un phénomène plutôt cyclique « avec des périodes d’accalmie, aux vacances notamment », témoigne François, un bruxeur parmi tant d’autres. Le bruxisme serait-il une maladie des temps modernes générée par le stress ? Difficile à affirmer. Toujours est-il que 10 à 20 % de la population y serait sujette, y compris les enfants dès 4 ans. Des personnes plutôt anxieuses, introverties, qui manifesteraient ainsi leur état nerveux, leur angoisse, au cours de la nuit ou dans la journée. Car le bruxisme peut aussi être diurne. Dans ce cas, le bruxeur va fortement contracter ses mâchoires dans certaines situations : coincé dans les embouteillages, concentré au travail sur un dossier épineux, etc. La plupart du temps, le bruxisme est léger et temporaire mais il peut aussi être sévère avec, pour effet, un épuisement au réveil, des douleurs dans les mâchoires voire une usure ou une fracture des dents ou des prothèses. « La dentine étant plus jaune que l’émail, on peut s’apercevoir de l’usure en observant une différence de couleur sur une même dent », précise Philippe Monsenego. Mais lorsque le bruxeur fait cette constatation, les dégâts sont déjà bien avancés. D’où l’importance de consulter son dentiste au moindre doute, sans oublier les indispensables contrôles annuels.

Des solutions adaptées
Depuis trois ans, pour traiter son bruxisme, ou plutôt ses conséquences, François porte chaque nuit une gouttière. « Il m’arrive d’en retrouver des petits morceaux au réveil. Je n’oublie jamais de la porter car je veux absolument protéger mes dents ! » Contre le bruxisme diurne, la solution consiste à faire prendre conscience au bruxeur que les dents ne doivent jamais se toucher, sauf lors de la déglutition et la mastication. « Il peut ainsi arriver à s’autocontrôler », assure Philippe Monsenego. Trouver le calme intérieur fait aussi partie du traitement : éviter les excitants, drogues, café, alcool, réduire le stress, se détendre autant que faire se peut, prendre un relaxant doux (phytothérapie, homéopathie) avant de dormir… Quant à guérir définitivement du bruxisme, on cherche encore la solution.

La gouttière protège et détend
Elle est faite sur mesure, en résine transparente. On la pose généralement sur l’arcade de la mâchoire inférieure. Légère, plutôt discrète, confortable et agréable au contact, elle exerce un rôle protecteur mécanique sur les dents mais aussi un effet relaxant (sommeil amélioré, réveil plus agréable). Elle peut être portée la journée, à certains moments, en cas de stress. Elle coûte environ 450 euros. Une prise en charge par la Sécurité sociale et les mutuelles peut être accordée.


Claire Grevot

www.lepharmacien.fr/avril-2011/pathologie-l-angoisse-du-bruxeur.html

Article rédigé par le praticien le 06/09/2014